Condamné depuis la naissance : l’histoire d’un objecteur de conscience sud-coréen
Amnesty International, 13 mai 2015

- Modifié le 18 août 2017

Song In-ho, 25 ans, attend une décision de justice concernant son refus d’effectuer son service militaire en Corée du Sud, et sera incarcéré si sa requête est rejetée. À l’occasion de la Journée internationale de l’objection de conscience, le 15 mai, il raconte à Amnesty International comment ses convictions religieuses ont façonné sa vie.

Je suis né criminel. Toute ma vie je me suis senti comme un prisonnier en devenir, parce que je savais que je serai envoyé derrière les barreaux. J’étais un futur criminel.

J’ai grandi dans la religion des témoins de Jéhovah, et ma conscience a été façonnée par la Bible. Nous apprenons qu’il faut aimer même ses ennemis, et que nous ne devons pas répondre à la violence par la violence. C’est pourquoi j’ai choisi l’objection de conscience au service militaire. J’ai été déclaré coupable lors de mon procès en première instance et, si mon appel est rejeté, je devrai passer 18 mois derrière les barreaux. Mais ce n’est pas là que mon histoire finit, ni même qu’elle commence.

Catalogué comme criminel dès la naissance

En Corée du Sud, ceux qui choisissent l’objection de conscience au service militaire sont stigmatisés. Nous sommes en quelque sorte étiquetés à la naissance. C’est comme si les gens, sachant qu’un enfant est prédestiné à aller en prison, décident de le traiter comme un criminel en puissance.

Ma mère est témoin de Jéhovah, mais mon père, au départ, s’opposait fortement à ma religion. Il savait que son fils bien-aimé finirait par aller en prison pour avoir refusé d’effectuer son service militaire – ce qu’aucun père ne peut souhaiter. C’est pourquoi je me suis toujours efforcé d’être un bon fils, droit. Et mon père a peu à peu changé d’avis. Il a été le premier à me soutenir pour faire appel.

Lorsque j’étais à l’école primaire, on me demandait d’écrire ce que je souhaitais faire plus tard ; je laissais un blanc, car je savais que c’était irréalisable. Puisque j’étais destiné à aller en prison de toute façon, à quoi bon rêver ? Bien sûr, je n’en parlais pas à ma mère, elle aurait eu le cœur brisé.

Démarqué à l’école

À chaque rentrée scolaire, les professeurs et mes camardes me posaient la même question : « Tu vas vraiment aller en prison ? Tu es sûr que tu veux être un témoin de Jéhovah ? » Et je répondais invariablement qu’il ne s’agit pas d’un compromis, c’est une question de foi, et je suis prêt à donner ma vie pour ça. C’est un fardeau que je dois porter jusqu’à la fin.

Des amis me demandaient : « Tu es au courant de tous les ragots qui circulent à ton sujet ? » De tels moments sont très durs à supporter, et les souvenirs douloureux sont légion.

À l’université, la discrimination fut particulièrement rude. Un jour, mes amis se sont moqués de moi : « Song In-ho, tu ne peux pas employer de mots vulgaires, tu ne peux pas te battre, tu n’es pas considéré comme un homme et tu n’es pas à la hauteur. » J’essuyais de nombreuses moqueries et je le vivais très mal. Je me sentais en colère et m’interrogeais très souvent : « Est-ce la bonne chose à faire ? Est-ce vrai que ce n’est pas viril ? »

Depuis que je suis né, je me sens comme un fugitif monté à bord d’un train à destination d’une gare appelée prison, et je me sens totalement impuissant, incapable d’y échapper.

Après la remise des diplômes, je voulais trouver un bon job, mais c’était impossible. En tant qu’objecteur de conscience, il est extrêmement difficile de décrocher un emploi dans une entreprise réputée, en raison de la discrimination et des préjugés. Alors j’aide mes parents dans leur entreprise de nettoyage.

Des alternatives doivent être proposées

En vue de me préparer pour mon procès, je suis allé au tribunal le même jour chaque semaine et j’ai vu des petits délinquants, des cambrioleurs, des escrocs et des violeurs – des criminels en tous genres, faisant tous appel au motif que leurs sentences étaient excessives. Je me suis dit que si quelqu’un devait faire appel, c’était bien moi.

C’est là que j’ai pris ma décision. Si on m’en donne l’occasion, quel que soit le prix à payer, je ferai tout mon possible pour plaider mon innocence, même si cela suppose de passer un certain temps derrière les barreaux.

Je suis déterminé et prêt à me consacrer à une autre forme de service pour mon pays, quel que soit le degré de difficulté. Mon objection de conscience au service militaire n’a rien à voir avec le fait d’échapper à un service.

Je suis un citoyen reconnaissant, et je souhaite pouvoir contribuer au bien de ma nation, autrement qu’en effectuant un service militaire. Quelle que soit cette solution de remplacement, je suis prêt à la saisir, tant qu’elle ne va pas à l’encontre de ma conscience.

Nous ne demandons rien de plus.

En Corée du Sud, la majorité des objecteurs de conscience sont des témoins de Jéhovah. Le pays incarcère un nombre plus élevé d’objecteurs de conscience au service militaire que tous les autres pays du globe réunis : au moins 600 hommes âgés pour la plupart de 20 à 24 ans se trouvent actuellement derrière les barreaux. Lisez notre article sur le sujet et consultez notre rapport intitulé Sentenced to Life : Conscientious Objectors in South Korea (en anglais uniquement).

Mobilisez-vous pour Song-In-ho et les objecteurs de conscience en Corée du Sud : demandez au ministre de la Défense nationale de reconnaître le droit à l’objection de conscience au service militaire. Passez à l’action dès maintenant (page en anglais uniquement).